Directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.
Parler de l'homosexualité en quartier populaire, c'est possible ! C'est ce que prouve la maison de jeunes (MJ) Vision, basée à Schaerbeek. Un groupe de jeunes a planché sur la création d'un court-métrage intitulé « Cette prison qu'est mon corps ». Plusieurs projections ont déjà eu lieu, notamment dans le cadre de la semaine contre le racisme.
Le film évoque le destin de deux jeunes bruxellois, Malik et Ismaël. « L'un vit des discriminations d'ordre culturel dues à ses origines et l'autre vit sa sexualité dans la peur du regard de l'autre et du jugement quant à son orientation sexuelle », peut-on lire dans le dossier de presse. D'après le coordinateur de la MJ, Hassan Bensalah, les réactions suite au visionnage ont été, jusqu'à présent, enthousiastes.
Pourtant, l'affaire ne fut pas des plus faciles à monter, tant cette question s'est heurtée à des tabous coriaces. Hassan Bensalah se remémore ce chemin semé d'embûches : « Plus que la production finale, ce qui compte dans ce type de projets, c'est le processus de construction. Au fil des jours, il y a eu des "clashs", des départs du projet et même de la MJ. Des acteurs manquaient de confiance et avaient peur d'être assimilés au rôle. Parler de l'homosexualité suscitait des incompréhensions. Mais nos missions sont claires, nous sommes là pour travailler la citoyenneté, pour susciter l'esprit critique. Nous avons donc ouvert cette porte. Cela a créé de vrais débats avec des jeunes du quartier et même d'autres quartiers. Il y a eu des polémiques, des interventions parfois brutales qui se concluaient par de longues discussions. Le fait est qu'on en parle. »
Cette réticence à parler d'homosexualité, Hassan Bensalah l'explique en partie par le contexte du quartier, « très machiste, porté sur la virilité ». Il constate des « pressions familiales, des pressions culturelles, voire religieuses », dans ce quartier où « 100 % du public qui fréquente la MJ est issu de la communauté maghrébine ».
« Ce public n'est pas homophobe »
La MJ Vision n'en est pas à son coup d'essai. En 2007 déjà, une troupe de jeunes avait monté une pièce sur ce thème et avait remporté le prix du festival Mimouna. Dans les deux cas, le coordinateur estime qu'à l'origine, l'idée des jeunes « n'est pas de lancer un grand débat de société. C'est plus un délire, une façon de se faire remarquer par de la provocation, qui correspond à une envie d'exister ». Il n'empêche, ces jeunes ont pris des risques en s'aventurant sur ce terrain miné.
Le film aborde tout d'abord les discriminations dues à l'origine, à la couleur de peau. Puis des liens sont faits avec la discrimination liée à l'orientation sexuelle. « A la fin, on est dans l'empathie, on comprend le jeune dans sa douleur », commente Hassan Bensalah. Selon lui, si le film est bien reçu, tout comme la pièce de théâtre le fut auparavant, c'est parce que « le sentiment homosexuel est abordé. On ne parle pas d'acte sexuel. »
Malgré tout, la première projection, lors du festival « Sois jeune et tais-toi », ne s'est pas faite sans heurts. « L'idée était bien de laisser la possibilité au public de s'exprimer, raconte le coordinateur. Et ce, même si des propos homophobes pouvaient s'exprimer. Concrètement, il y a eu 10 à 15 minutes d'expressions violentes. Mais ces 10 à 15 minutes correspondent plus à une volonté de s'affirmer en public comme hétérosexuel. Ensuite, on constate une réelle volonté d'ouverture. Et au fond, ce public n'est pas homophobe, il est même tolérant. » Voilà qui tord le cou à bien des idées reçues.
Les clichés ont la vie dure. Hassan regrette que, parfois, des éducateurs véhiculent des idées préconçues sur les homosexuels. Ce qui l'amène à dresser le constat suivant : « Il faudrait d'abord sensibiliser le milieu éducatif à ces questions, avant même se sensibiliser les jeunes. »
Reste donc à faire vivre ce film. Des projections sont prévues dans d'autres MJ, en compagnie d'un animateur du Mrax. Des moments pour parler, échanger des idées, accepter que des clichés s'expriment, afin de changer les mentalités. Car l'homophobie, en quartiers populaires ou ailleurs, n'est pas une fatalité.
20 octobre 2011
La mort du colonel Mouammar Kadhafi si elle est confirmée viendra clore une page de l’histoire de la Libye marquée par la répression et la violence mais ne réglera pas tout pour autant, a déclaré Amnesty International jeudi 20 octobre.
« La répression et les violences héritées du régime du colonel Mouammar Kadhafi ne prendront pas fin si l’examen du passé et les droits humains ne sont pas intégrés dans les nouvelles institutions de la Libye », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
« La mort du colonel Kadhafi ne doit pas empêcher ses victimes en Libye d’obtenir justice Les nombreux représentants de l’État libyen soupçonnés d’être les auteurs des graves violations des droits humains commises pendant et avant le soulèvement de cette année, y compris le tristement célèbre massacre de la prison d’Abu Salim en 1996, doivent répondre de leurs crimes devant la justice. »
« Les nouvelles autorités du pays doivent rompre totalement avec la culture d’abus de pouvoir instaurée sous le régime du colonel Mouammar Kadhafi et lancer les réformes en matière de droits humains dont le pays a tant besoin. »
Amnesty International a demandé au Conseil national de transition (CNT) d’indiquer publiquement comment était mort le colonel Mouammar Kadhafi afin que la population libyenne sache toute la vérité.
L’organisation a ajouté qu’il était essentiel de mener une enquête exhaustive, indépendante et impartiale pour établir les circonstances exactes de la mort du colonel Mouammar Kadhafi.
Amnesty International a appelé le CNT à veiller à ce que les personnes soupçonnées d’avoir commis des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre, y compris au sein de l’équipe rapprochée du colonel Mouammar Kadhafi et parmi ses proches, soient traitées avec humanité et jugées équitablement si elles sont capturées.
Demain matin Amnesty tentera, une fois de plus, d'éviter que Troy Davis soit exécuté aux USA. Cet homme, dont le procès pour meurtre fait l'objet de nombreuses critiques, a déjà subi trois dates d'exécution, év itées chaque fois de justesse, grâce essentiellement à l'action d'Amnesty et d'autres abolitionnistes. La nouvelle date, c'est le 21 septembre. Ce sera vraisemblablement la dernière, plus aucun recours judiciaire n’étant possible. Cela se passera, si ça se passe, à 19h00 chez nous. En commun avec les autres sections d'Amnesty, nous organisons une journée d'action demain qui vise à influencer les autorités de son état, qui peuvent encore décider de le gracier. Si vous avez le temps et l'envie, vous serez les bienvenus sur les marches du Palais de Justice, place Poelaert, de 10h30 à 11h30.